🎬 Joueuse : quand les échecs deviennent une manière de se tenir debout

Sorti en France le 5 août 2009, Joueuse est un film réalisé par Caroline Bottaro, porté par Sandrine Bonnaire dans le rôle d’Hélène et Kevin Kline dans celui du docteur Kröger.

LA CHRONIQUE DU MERCREDICINÉMA EN JEU

6/21/20263 min temps de lecture

Fille la joueuse
Fille la joueuse

🎬 Joueuse : quand les échecs deviennent une manière de se tenir debout

Sorti en France le 5 août 2009, Joueuse est un film réalisé par Caroline Bottaro, porté par Sandrine Bonnaire dans le rôle d’Hélène et Kevin Kline dans celui du docteur Kröger. Le film est une coproduction France-Allemagne, tournée en français, et adaptée du roman La Joueuse d’échecs de Bertina Henrichs. Ce détail compte : Joueuse n’est pas d’abord un film sur la performance échiquéenne. C’est le portrait d’une femme qui découvre, presque par accident, qu’un jeu peut ouvrir un espace intérieur.

Hélène vit dans un petit village de Corse. Elle travaille comme femme de chambre dans un hôtel. Sa vie semble ordonnée, répétitive, modeste : un mari, Ange, une fille adolescente, Lisa, des journées qui se ressemblent. Rien, dans son environnement, ne la désigne comme une future joueuse d’échecs. Le déclencheur est simple : en faisant le ménage dans une chambre, elle aperçoit un couple d’Américains jouant aux échecs sur une terrasse. La scène l’intrigue. Puis elle la poursuit. Les pièces, le silence, la concentration, la tension discrète du jeu deviennent pour elle autre chose qu’un divertissement.

Le film a l’intelligence de ne pas transformer cette découverte en miracle spectaculaire. Hélène n’est pas présentée comme une héroïne de compétition surgie de nulle part. Elle apprend. Elle insiste. Elle se trompe. Elle cherche quelqu’un pour l’aider. Ce sera le docteur Kröger, personnage solitaire et mystérieux, chez qui elle travaille également. Leur relation se construit autour du jeu : un échiquier, des règles, des positions, une attention nouvelle portée à ce qui se passe entre deux coups.

C’est là que Joueuse touche juste pour un blog consacré aux échecs. Le film ne montre pas seulement que les échecs peuvent être beaux ou difficiles. Il montre qu’ils peuvent modifier le regard que l’on porte sur soi. Pour Hélène, apprendre les échecs, ce n’est pas seulement apprendre le déplacement du cavalier ou la valeur d’une dame. C’est découvrir qu’elle peut réfléchir seule, choisir, anticiper, résister à la place qu’on lui a assignée. Dans une partie, personne ne joue à votre place. Cette vérité très simple devient, pour elle, une forme d’émancipation.

Le choix de Sandrine Bonnaire donne au personnage une grande retenue. Hélène parle peu, observe beaucoup. Son changement ne passe pas par de grands discours, mais par des gestes : s’arrêter devant un échiquier, revenir à une position, accepter de ne pas comprendre immédiatement. Cette lenteur est importante. Elle rappelle que les échecs sont aussi une école de patience, de solitude et de précision.

La Corse, elle, n’est pas seulement un décor. Le film situe Hélène dans un cadre social concret, avec ses habitudes, ses regards, ses résistances. Sa passion dérange parce qu’elle déplace les rôles : une femme de chambre, une épouse, une mère, se met soudain à consacrer du temps à une activité intellectuelle qui lui appartient. Les échecs deviennent alors un territoire personnel, presque clandestin au départ, puis de plus en plus assumé.

Joueuse mérite donc d’être redécouvert par les amateurs d’échecs, précisément parce qu’il évite le cliché du génie, du duel flamboyant ou du championnat décisif. Il parle d’un autre pouvoir du jeu : celui de révéler une force calme, une liberté silencieuse. Ce n’est pas un film sur la victoire contre un adversaire. C’est un film sur le moment où une personne commence enfin à jouer sa propre partie.

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Salle de la Halle
Rue de la Mairie - 46230 Lalbenque
Le mercredi

Enfants - 17h30 à 18h30
Adultes - 18h30 à 20h30

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