♟️ Le pion qui voulait devenir reine
Queen of Katwe, Mira Nair, et l'improbable ascension d'une fille de Kampala Il y a des films qui parlent des échecs sans vraiment les comprendre. Des pièces déplacées au hasard pour faire couleur locale, un échiquier posé là comme symbole commode. Queen of Katwe, de Mira Nair, n'est pas de ceux-là. Le jeu y est central, vital, organique. Et la métaphore — si tant est qu'on puisse encore l'appeler ainsi — finit par déborder du plateau pour envahir chaque plan, chaque visage, chaque silence.
LA CHRONIQUE DU MERCREDICINÉMA EN JEU
7/12/20263 min temps de lecture


♟️ Le pion qui voulait devenir reine
Queen of Katwe, Mira Nair, et l'improbable ascension d'une fille de Kampala
Il y a des films qui parlent des échecs sans vraiment les comprendre. Des pièces déplacées au hasard pour faire couleur locale, un échiquier posé là comme symbole commode. Queen of Katwe, de Mira Nair, n'est pas de ceux-là. Le jeu y est central, vital, organique. Et la métaphore — si tant est qu'on puisse encore l'appeler ainsi — finit par déborder du plateau pour envahir chaque plan, chaque visage, chaque silence.
Kampala, 2006. Le quartier de Katwe. Phiona Mutesi a neuf ans, vend du maïs dans la rue pour survivre, et n'a jamais touché un échiquier. Jusqu'au jour où elle suit l'odeur de la nourriture jusqu'à un hangar en bois — et découvre, au milieu du chaos et des enfants concentrés, un entraîneur qui croit que les échecs peuvent changer une vie.
Ce que le jeu enseigne
Mira Nair ne raconte pas une success story. Elle raconte une transformation. Phiona apprend à jouer, oui — mais ce qu'elle apprend surtout, c'est à penser autrement sa propre existence. C'est là que ce film d'échecs dépasse le genre sport-movie standard : le jeu n'est pas le sésame du rêve américain en version africaine. C'est une façon de voir le monde. D'anticiper, de résister, de ne pas se résigner à n'être qu'un pion.
Le mot revient d'ailleurs, et pas par hasard. Dans les échecs, le pion est la pièce la plus humble, la plus sacrifiée. Mais c'est aussi la seule qui peut traverser tout l'échiquier pour se transformer en reine. Mira Nair connaît cette règle. Elle en fait le principe narratif du film entier.
Lupita Nyong'o, dans le rôle de la mère, apporte une gravité rare. David Oyelowo, en entraîneur, joue avec une retenue qui force le respect. Mais c'est Madina Nalwanga, interprétant Phiona, qui tient l'équilibre du film — sans surjouer, sans céder au mélo, avec une présence qui rappelle que les grands acteurs n'ont pas forcément besoin de grands monologues.
Mira Nair filme Kampala avec amour et précision, sans misérabilisme, sans condescendance. Les couleurs sont vives, les marchés bruissent de vie, les enfants rient avant de se concentrer sur leurs parties. Ce refus du pittoresque de la pauvreté est une décision cinématographique courageuse : elle force le spectateur à regarder les personnages, pas le décor. Lors des séquences de tournoi, la caméra choisit de filmer non pas les pièces, mais les visages. C'est souvent là que se gagnent les vraies parties.
Lalbenque, même leçon ?
On pourrait penser que rien ne rapproche les rues poussiéreuses de Katwe d'un village du Lot. Et pourtant. Ce que Queen of Katwe décrit — des enfants qui découvrent les échecs au cinéma comme dans la réalité, dans un espace ordinaire, avec un adulte qui croit à ce qu'il transmet — résonne avec ce que font chaque mercredi soir les membres du Lalbenque Chess Club, dans la salle de la Halle. Le cadre est différent. L'essentiel est le même : un jeu qui oblige à réfléchir, à se dépasser, à regarder plus loin que l'instant présent.
Il n'y a pas de misère à surmonter à Lalbenque, bien sûr. Mais l'idée que les échecs au cinéma et dans la vie transforment celui qui les pratique ; qu'ils ne sont jamais seulement un passe-temps ; c'est exactement ce que le film défend avec une conviction tranquille.
Le film comporte ses faiblesses. Quelques conventions du genre qu'on aurait pu s'épargner, une musique parfois trop explicitement émotionnelle. Ces imperfections ne pèsent pas lourd face à l'intelligence du propos. Queen of Katwe est un film d'échecs au cinéma rare : il respecte le jeu autant qu'il respecte ses personnages.
C'est peut-être ça, la vraie leçon : aux échecs comme à l'écran, ce sont les regards qui comptent, pas les coups.
Photo non contractuelle


Salle de la Halle
Rue de la Mairie - 46230 Lalbenque
Le mercredi
Enfants - 17h30 à 18h30
Adultes - 18h30 à 20h30
Photos non contractuelles
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