À Marostica, les échecs ne se jouent pas tout à fait comme ailleurs.

Tous les deux ans, au mois de septembre, la Piazza Castello devient un immense théâtre. Au centre, l’échiquier est déjà là : 64 cases de marbre rouge et blanc, quatre mètres carrés chacune, entourées d’une bordure de basalte noir. Seize mètres d’un côté à l’autre. Et lorsque la partie commence, les pièces entrent en scène.

Pour l’édition 2026, 650 figurants en costume participent au spectacle, accompagnés de plus de 300 bénévoles. Les quatre représentations des 4, 5, 11 et 12 septembre affichent complet, avec plus de 14 000 spectateurs attendus au total. Dans les tribunes dressées autour de la place, environ 3 600 personnes assistent chaque soir au spectacle, avec le Castello Inferiore pour décor.

L’histoire racontée est celle d’une légende située en 1454. Deux nobles, Vieri da Vallonara et Rinaldo d’Angarano, se disputent la main de Lionora, fille du gouverneur de Marostica. Plutôt qu’un duel, son père leur impose une partie d’échecs jouée sur la place.

Mais la véritable histoire du spectacle commence en 1923. Francesco Pozza organise alors une première représentation avec des pièces humaines et la partie est réellement jouée par deux champions du cercle d’échecs local. Le problème apparaît vite : une vraie partie d’échecs n’obéit pas forcément au rythme d’un spectacle. Lors de la reprise en 1954, les organisateurs choisissent donc de rejouer de grandes parties de l’histoire des échecs. Mario Mirko Vucetich imagine alors la mise en scène qui donnera à Marostica sa forme actuelle.

La partie elle-même reste bien présente. Elle dure en moyenne une trentaine de minutes et compte environ 22 coups. Autour d’elle viennent les cavaliers, les soldats, les musiciens, les danseurs et les porte-drapeaux. Les échecs deviennent alors autre chose : un jeu toujours reconnaissable, mais qui, pendant quelques heures, a quitté la table pour occuper toute une ville.

Photo Patrick Keogh — CC BY-NC-SA 2.0