Réalisé en 2021 par Philipp Stölzl, Le Joueur d’échecs est une adaptation de la célèbre nouvelle de Stefan Zweig. Un film dans lequel les échecs sont bien présents, mais où l’essentiel se joue ailleurs : dans la tête d’un homme que l’on cherche à briser.

Nous sommes à Vienne, en 1938. Josef Bartok, interprété par Oliver Masucci, gère les biens de familles de l’aristocratie autrichienne. Arrêté par la Gestapo, il refuse de livrer les informations permettant d’accéder à leurs comptes. Il est alors enfermé à l’isolement pendant des semaines, puis des mois, sans livres, sans occupation et presque sans contact avec l’extérieur.

Tout change lorsqu’il parvient à récupérer un livre contenant des parties d’échecs. Bartok commence à les apprendre, à les rejouer, puis à jouer contre lui-même. Les échecs deviennent son moyen de résister à l’enfermement. Mais ce qui lui permet de tenir finit aussi par l’envahir. Le jeu devient obsessionnel et la frontière entre maîtrise et folie commence à disparaître.

C’est là que Philipp Stölzl prend une vraie liberté avec le texte de Zweig. Une partie du film se déroule à bord d’un paquebot sur lequel Bartok affronte le champion du monde Mirko Czentovic. Mais ce voyage est construit comme un rêve d’évasion, né dans l’esprit du prisonnier. Le réalisateur joue volontairement avec le réel, les souvenirs et les hallucinations.

Un détail rend cette construction encore plus intéressante : Albrecht Schuch interprète à la fois Böhm, l’homme de la Gestapo qui interroge Bartok, et Czentovic, son adversaire devant l’échiquier. Ce double rôle est voulu par Stölzl et donne une autre dimension à l’affrontement.

Le Joueur d’échecs n’est donc pas véritablement un film sur la compétition. C’est un film sur la résistance mentale, l’isolement et cette capacité extraordinaire qu’a parfois le jeu d’échecs à occuper tout l’espace lorsque le reste du monde disparaît.