Bobby Fischer a 29 ans lorsqu’il arrive à Reykjavik pour affronter Boris Spassky, champion du monde en titre.
Nous sommes en 1972, en pleine Guerre froide, et forcément ce match prend rapidement une importance qui dépasse les deux joueurs.
D’un côté, un Américain. De l’autre, un Soviétique. Les médias sont là, le monde des échecs aussi, et Fischer commence presque immédiatement à discuter les conditions dans lesquelles il doit jouer.
Les caméras le dérangent. Il se plaint du bruit, de la salle, de son fauteuil. Il refuse même de jouer la deuxième partie. Pour la troisième, il obtient de jouer dans une petite salle, loin du public.
Tout cela a réellement eu lieu.
Après 21 parties, Fischer remporte le match 12,5 à 8,5. Il devient champion du monde et met fin à vingt-quatre années de domination soviétique sur le titre.
Bobby Fischer au centre du film
C’est cette histoire qu’Edward Zwick raconte dans Pawn Sacrifice, présenté en 2014 et sorti en France en 2015 sous le titre Le Prodige. Tobey Maguire joue Bobby Fischer et Liev Schreiber interprète Boris Spassky.
Le film s’intéresse surtout à Fischer.
On découvre un joueur exceptionnel, mais aussi un homme de plus en plus difficile à suivre. Il se méfie de tout, pense être surveillé, entend des choses que les autres n’entendent pas toujours et devient extrêmement exigeant sur tout ce qui l’entoure.
Tobey Maguire est très convaincant dans ce rôle. Il ne joue pas seulement le champion d’échecs. Il montre aussi tout ce qui rend Fischer compliqué, parfois agaçant, parfois presque impossible à comprendre.
Et puis il y a les échecs.
Ils sont vraiment présents dans le film. Ce ne sont pas simplement quelques pièces posées sur une table pour rappeler que Fischer était joueur d’échecs. Plusieurs positions reprennent réellement des parties du match de Reykjavik, ce qui donne beaucoup plus de crédibilité à l’ensemble.
Un film qui laisse quand même quelques questions
Ce qui m’a un peu manqué, c’est tout ce qui vient avant.
On voit l’enfance de Fischer, ses débuts, son obsession pour les échecs, mais tout cela passe assez vite. J’aurais aimé comprendre davantage comment ce jeune joueur est devenu Bobby Fischer.
Le film choisit surtout de raconter la montée vers le match de 1972 et tout ce qui se passe autour de cette confrontation avec Spassky.
Cela fonctionne bien, mais il reste forcément une partie du personnage que l’on comprend moins.
Et Boris Spassky ?
Dans cette histoire, on parle énormément de Fischer et finalement beaucoup moins de Spassky.
Pourtant, Boris Spassky était déjà champion du monde lorsqu’il arrive à Reykjavik. C’était un joueur extrêmement complet, capable de jouer des positions très différentes et de s’adapter à beaucoup de styles.
Il quitte l’Union soviétique en 1976, s’installe en France et devient français en 1978. Il représentera ensuite la France à plusieurs Olympiades.
Boris Spassky est mort à Moscou le 27 février 2025, à l’âge de 88 ans.
Le match de Reykjavik reste évidemment associé à Bobby Fischer, mais il faut aussi se souvenir qu’en face de lui se trouvait l’un des plus grands joueurs de son époque.
Et c’est peut-être aussi ce que le film montre assez bien : pour qu’un match devienne aussi important, il faut être deux.
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