Il sort de prison avec une pièce d’échecs dans la poche. Un roi en bois. Cette image ouvre Life of a King et donne immédiatement le ton du film.
Eugene Brown, interprété par Cuba Gooding Jr., n’est pas professeur. Lorsqu’il arrive dans un lycée de Washington D.C., il est encore en train de reconstruire sa propre vie. Son passé est lourd, ses relations avec ses enfants sont difficiles et rien ne le destine vraiment à s’occuper d’adolescents dont certains ont déjà pris l’habitude de ne plus faire confiance aux adultes.
Et pourtant, il va leur proposer de jouer aux échecs.
Jake Goldberger s’est inspiré de l’histoire réelle d’Eugene Brown, fondateur du Big Chair Chess Club à Washington. Après plusieurs années passées en prison, Brown a utilisé les échecs pour travailler auprès de jeunes exposés à la violence, au décrochage scolaire et à la délinquance.
Le film aurait facilement pu en faire un personnage exemplaire, venu remettre tout le monde dans le droit chemin. Ce n’est pas tout à fait ce qu’il raconte. Eugene Brown arrive avec ses propres erreurs, ses blessures et une vie qu’il n’a pas encore complètement remise en ordre. C’est aussi ce qui donne au personnage sa crédibilité.
Réfléchir avant de jouer
Dans Life of a King, l’échiquier n’est pas là pour faire joli.
Eugene Brown s’en sert pour transmettre quelque chose de très concret : avant de déplacer une pièce, il faut regarder la position, essayer de comprendre ce que prépare l’adversaire et mesurer les conséquences de son coup.
Pour des adolescents habitués à réagir vite, parfois sans avoir beaucoup d’autres choix, cette façon de faire n’a rien d’anodin.
On joue un coup, puis il faut l’assumer.
On peut avoir mal calculé, perdre une pièce, parfois perdre la partie. Mais la partie suivante recommence à zéro et oblige de nouveau à réfléchir.
C’est là que le parallèle avec la vie fonctionne dans le film, justement parce qu’il reste assez simple.
Life of a King n’évite pas tous les codes du cinéma américain sur la seconde chance et la rédemption. Certains passages sont plus appuyés que d’autres. Mais Cuba Gooding Jr. tient le personnage avec suffisamment de retenue pour éviter qu’Eugene Brown devienne un héros trop parfait.
Il doute, il se trompe, il se met parfois lui-même en difficulté.
Et les jeunes qu’il accompagne ne changent pas simplement parce qu’un adulte leur a posé un échiquier devant les yeux.
Ce qui se transmet autour de l’échiquier
C’est probablement la partie du film qui me parle le plus.
Lorsqu’on apprend les échecs à un jeune, on commence forcément par les règles : le déplacement des pièces, l’échec, le mat, la valeur d’une pièce, les premiers principes.
Mais assez vite, on voit apparaître autre chose.
Il faut rester concentré. Attendre que l’autre ait joué. Accepter de ne pas avoir vu une menace. Comprendre pourquoi on a perdu et revenir la semaine suivante avec l’envie de recommencer.
À Lalbenque Chess Club, lorsque nous travaillons avec des jeunes, c’est aussi cela que nous observons. Bien sûr, les situations n’ont rien à voir avec celles racontées dans Life of a King. Mais le mécanisme du jeu, lui, reste le même.
Un échiquier ne règle pas les problèmes d’un adolescent et le film aurait tort de vouloir nous le faire croire.
En revanche, il peut devenir un lieu où l’on apprend à prendre son temps, à faire des choix et à mesurer ce qu’ils produisent.
Eugene Brown en a fait le point de départ de son travail auprès des jeunes de Washington.
Et c’est cette histoire que Life of a King choisit de raconter.
