Quand un enfant commence les échecs, les parents regardent souvent ce jeu avec curiosité. Ils voient leur enfant s’asseoir devant un échiquier, apprendre comment bougent les pièces, commencer une partie, perdre parfois très vite, puis recommencer.

Et puis, au fil des semaines, ils remarquent autre chose.

L’enfant prend davantage le temps de regarder. Il commence à comprendre qu’un coup joué trop vite peut avoir des conséquences. Il apprend à chercher ce que prépare son adversaire. Il essaie de prévoir ce qui peut arriver quelques coups plus tard. Tout cela se fait naturellement, au cours des parties, sans qu’il soit nécessaire d’en faire un exercice scolaire.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles les échecs ont trouvé leur place dans de nombreuses écoles.

L’Éducation nationale reconnaît depuis longtemps l’intérêt pédagogique du jeu d’échecs. Il peut être utilisé pour travailler la logique, la concentration, la stratégie, le respect des règles et la capacité à réfléchir avant d’agir. La Fédération Française des Échecs développe elle aussi des outils destinés aux enseignants et aux enfants, notamment à travers des programmes d’initiation aux échecs à l’école.

Pour autant, il faut rester mesuré lorsque l’on parle des bienfaits des échecs.

Un enfant ne va pas devenir meilleur élève simplement parce qu’il joue aux échecs. Le jeu n’a rien de magique. Il propose simplement un cadre dans lequel certaines habitudes peuvent se développer.

Prendre le temps de regarder

C’est souvent l’une des premières difficultés chez les enfants.

Ils ont appris comment bougent les pièces et veulent jouer immédiatement. Ils voient une possibilité, attrapent une pièce et la déplacent. Quelques secondes plus tard, ils découvrent qu’ils viennent de perdre leur dame ou qu’ils ont oublié une menace.

Alors on recommence.

On leur demande de regarder l’ensemble de l’échiquier avant de jouer. De vérifier ce que fait l’adversaire. De chercher plusieurs possibilités. Petit à petit, certains prennent cette habitude.

Ce temps de réflexion fait partie de l’apprentissage des échecs pour les enfants. Il ne s’agit pas de leur demander de rester immobiles pendant plusieurs minutes devant chaque position. Il s’agit simplement de leur faire découvrir qu’entre l’envie de jouer un coup et le moment où l’on déplace réellement la pièce, il peut y avoir un temps pour réfléchir.

Cette petite habitude peut avoir du sens bien au-delà de l’échiquier.

Apprendre à se tromper

Les enfants découvrent aussi très vite qu’aux échecs, on se trompe beaucoup.

Tout le monde fait des erreurs. Le débutant comme le joueur expérimenté.

Une pièce oubliée, une attaque que l’on n’a pas vue, un coup joué trop rapidement peuvent changer complètement une partie.

Pour certains enfants, perdre est difficile. Ils peuvent être déçus, parfois très contrariés. Cela fait partie de ce que nous rencontrons dans un club d’échecs pour enfants.

Le rôle de l’adulte est alors important.

On peut regarder la partie avec l’enfant, essayer de comprendre ce qui s’est passé, retrouver le moment où la position a changé. Très souvent, une partie perdue contient aussi de bonnes idées. L’enfant découvre alors qu’une erreur peut être observée, comprise et corrigée.

Il rejouera peut-être la même position quelques semaines plus tard et fera autrement.

C’est ainsi que l’on progresse.

Jouer avec les autres

Il y a aussi tout ce qui se passe autour de l’échiquier.

Les enfants jouent avec des camarades différents. Ils apprennent à attendre leur tour, à respecter les règles, à accepter la décision d’un arbitre lorsqu’ils participent à une compétition. Ils rencontrent parfois des enfants qu’ils n’auraient jamais connus autrement.

À Lalbenque Chess Club, nous le voyons régulièrement pendant les séances.

Les niveaux sont différents, les caractères aussi. Certains enfants parlent beaucoup, d’autres sont plus réservés. Certains veulent immédiatement savoir s’ils ont gagné ou perdu. D’autres passent beaucoup de temps à refaire leur partie avec leur adversaire.

Le jeu crée facilement des échanges.

Et c’est aussi ce qui explique sa place dans les écoles. Un échiquier permet à deux enfants de partager une activité avec des règles simples et communes. Ils peuvent avoir des niveaux scolaires très différents et pourtant se retrouver autour de la même position.

Et les parents dans tout cela ?

Les parents nous demandent parfois s’ils doivent connaître les échecs pour accompagner leur enfant.

Ce n’est absolument pas nécessaire.

Il suffit souvent de s’intéresser à ce qu’il fait.

Lui demander comment s’est passée sa partie. Lui demander de montrer un coup qu’il a aimé. Écouter ses explications, même lorsqu’elles sont encore un peu confuses. Le laisser raconter pourquoi il a gagné ou pourquoi il pense avoir perdu.

Certains enfants aiment même apprendre les règles à leurs parents.

C’est une situation assez amusante, mais aussi intéressante. L’enfant devient celui qui explique. Il doit trouver les mots, montrer les pièces, répondre aux questions. Cela lui permet aussi de vérifier ce qu’il a réellement compris.

Les échecs comme une autre manière d’apprendre

Tous les enfants n’entrent pas dans les apprentissages de la même manière.

Certains aiment lire. D’autres préfèrent manipuler, expérimenter, observer. Les échecs offrent une situation particulière : les problèmes sont devant eux, sur soixante-quatre cases.

Il faut trouver une solution.

Parfois elle est simple. Parfois elle demande plusieurs essais.

Pour un enfant qui découvre les échecs à l’école, dans une association ou dans un club d’échecs à Lalbenque, cette expérience peut devenir très stimulante.

Il découvre un jeu qu’il pourra pratiquer longtemps, avec des enfants comme avec des adultes. Il peut apprendre quelques règles et jouer rapidement ses premières parties, puis continuer à progresser pendant des années s’il en a envie.

C’est aussi ainsi que nous abordons l’initiation aux échecs pour les enfants à Lalbenque Chess Club.

Nous apprenons les règles, bien sûr. Nous travaillons les premiers principes du jeu, les tactiques, les ouvertures lorsque cela devient nécessaire. Mais une grande partie de l’apprentissage passe simplement par les parties, les erreurs, les discussions et le plaisir de se retrouver devant un échiquier.

Et pour beaucoup d’enfants, c’est déjà une très belle manière de faire école.