Un trésor découvert en Écosse
Les pièces de Lewis ont été découvertes au XIXe siècle sur l’île de Lewis, dans les Hébrides extérieures, en Écosse. L’ensemble comprenait 93 objets, dont 78 pièces d’échecs appartenant à au moins quatre jeux différents, tous incomplets. Onze pièces sont aujourd’hui conservées par National Museums Scotland à Édimbourg, les autres se trouvant principalement au British Museum.
Elles ont probablement été sculptées à la fin du XIIe siècle, autour de 1150-1200. Elles ont été trouvées en Écosse, mais elles n’ont sans doute pas été fabriquées là. L’hypothèse la plus souvent retenue est une origine scandinave, très probablement norvégienne, avec Trondheim comme lieu possible de fabrication. Il faut toutefois rester prudent, car les recherches continuent encore aujourd’hui sur cette question.
De véritables sculptures miniatures
La plupart des pièces sont taillées dans de l’ivoire de morse, quelques-unes dans des dents de cachalot. Ce matériau permettait un travail extrêmement précis.
Et c’est ce qui frappe lorsque l’on regarde ces pièces. Nous ne sommes pas devant des formes abstraites comme celles que nous utilisons aujourd’hui. Les rois sont assis sur leur trône avec leur épée. Les reines sont couronnées et voilées, et certaines posent la main sur leur joue, comme si elles réfléchissaient ou s’inquiétaient. Les cavaliers sont représentés à cheval avec leur casque, leur lance, leur épée et leur bouclier.
Les pièces ne sont donc pas seulement reconnaissables par leur fonction. Elles deviennent des personnages.
Des tours qui ne ressemblent pas à des tours
Les tours sont probablement les pièces les plus étonnantes.
Elles ne ressemblent absolument pas à des châteaux. Ce sont des guerriers à pied, armés d’une épée et d’un bouclier. Certains mordent même leur bouclier. Ils sont généralement rapprochés des berserkers, ces guerriers de la tradition nordique associés à une forme de fureur au combat.
Pour un joueur d’échecs moderne, c’est assez surprenant. Nous regardons une tour et nous voyons une pièce géométrique. Au XIIe siècle, on pouvait regarder cette même fonction sur l’échiquier et voir un guerrier prêt à se battre.
Un échiquier qui représente une société
Les évêques portent une mitre et une crosse. Les chevaliers représentent l’aristocratie guerrière. Les combattants à pied occupent leur place, tandis que les pions restent beaucoup plus simples et ne possèdent pas de visage.
Ce contraste n’est pas anodin.
Plus on monte dans la hiérarchie de l’échiquier, plus les pièces deviennent individualisées. Le roi et la reine règnent, les évêques représentent l’Église, les chevaliers combattent, et les pions restent anonymes.
L’échiquier devient alors presque une représentation miniature de la société médiévale.
Un mystère qui n’est pas encore résolu
Nous ne savons toujours pas exactement comment ces pièces sont arrivées sur l’île de Lewis ni pourquoi elles y ont été cachées. Elles ont peut-être appartenu à un marchand qui transportait plusieurs jeux, ou à un personnage important de l’île. Les circonstances mêmes de leur découverte restent incertaines.
Et l’histoire n’est pas terminée.
Depuis 2024, le British Museum et le NTNU University Museum de Trondheim mènent de nouvelles recherches sur les pièces, avec de l’imagerie, de la microscopie et même des analyses génétiques destinées à mieux comprendre l’origine de l’ivoire.
Plus de huit siècles après leur fabrication, nous ne savons donc pas encore tout sur elles.
C’est peut-être aussi ce qui les rend si intéressantes. Nous regardons des pièces d’échecs, mais nous regardons en même temps des sculptures, des visages, des vêtements, des armes et toute une manière de représenter le monde.
L’histoire des échecs est aussi une histoire de l’art.
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