Ce qui m'a amusé, ce n'est pas tellement sa défaite, mais la manière dont il essayait de me l'expliquer.
Il avait mal joué son ouverture, commis une erreur qu'il ne faisait jamais, et puis il était un peu fatigué. Enfin, à l'écouter, il avait surtout perdu une partie qu'il aurait dû gagner.
Je lui ai demandé si cela l'aurait autant contrarié si son adversaire avait eu cinquante ans.
Il a souri, mais je crois que ma question ne lui a pas vraiment plu.
Car finalement, pourquoi est-il parfois si difficile pour un adulte d'accepter de perdre contre un enfant ?
Nous avons cette curieuse habitude de penser que les années nous apportent nécessairement davantage de connaissances, d'expérience et, par conséquent, une certaine supériorité. Ce qui est probablement vrai dans bien des domaines, mais qui devient beaucoup moins évident devant un échiquier.
Un enfant de dix ans peut parfaitement comprendre une position mieux qu'un adulte de soixante ans. Il peut calculer plus loin, imaginer une combinaison que son adversaire n'a pas vue et gagner sa partie sans se poser la moindre question sur la différence d'âge.
Et pendant que l'adulte cherche à comprendre comment il a pu en arriver là, l'enfant, lui, est déjà prêt à recommencer.
C'est d'ailleurs ce que le jeune adversaire de mon ami lui avait proposé.
Une revanche.
Qu'il a prudemment remise à plus tard.
Cette petite histoire me plaît parce qu'elle nous rappelle qu'aux échecs, l'expérience ne garantit rien. Il faut accepter de se tromper, de perdre et parfois de recevoir une leçon de quelqu'un qui a cinquante ans de moins que nous.
C'est aussi ce qui rend les rencontres entre générations intéressantes à Lalbenque Chess Club. Les enfants jouent avec les adultes, chacun avec ses connaissances, son expérience et sa manière de réfléchir.
Quant à mon ami, je ne sais pas s'il a finalement accepté cette revanche.
Mais je serais curieux de savoir s'il était toujours aussi fatigué lors de leur deuxième partie.
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