Julia est restauratrice d’art. Un jour, on lui confie un tableau flamand peint en 1471 et attribué à un certain Pieter Van Huys. La scène paraît assez simple : deux hommes jouent aux échecs tandis qu’une femme les observe. Mais en examinant la toile aux rayons X, Julia découvre une inscription cachée sous la peinture : « Quis necavit equitem ? »
La phrase peut être comprise de deux manières : « Qui a pris le cavalier ? » ou « Qui a tué le chevalier ? »
Et forcément, tout change.
Publié en Espagne en 1990 sous le titre La tabla de Flandes, puis en France en 1993 dans une traduction de Jean-Pierre Quijano, Le Tableau du maître flamand est à la fois un roman policier, une histoire autour de la peinture et un véritable roman d’échecs.
Comprendre une partie pour comprendre l’histoire
Julia cherche d’abord à savoir qui sont les personnages représentés sur le tableau et pourquoi cette phrase a été dissimulée. Mais très vite, elle comprend qu’une partie de la réponse se trouve directement sur l’échiquier.
Elle fait alors appel à Muñoz, un joueur d’échecs particulièrement doué pour l’analyse. À partir de la position représentée sur le tableau, il tente de remonter les coups joués auparavant. Il ne s’agit donc pas de chercher ce qui va se passer ensuite, mais de revenir en arrière.
C’est probablement ce qui m’a le plus intéressé dans ce roman. Pérez-Reverte ne place pas un échiquier dans son histoire simplement parce que cela fait mystérieux. Les échecs servent réellement à faire avancer l’enquête. Pour comprendre ce qui s’est passé cinq siècles plus tôt, il faut comprendre la partie.
Quand le passé rejoint le présent
Peu à peu, l’affaire devient beaucoup plus inquiétante. Des morts surviennent autour de Julia et ce qui ressemblait d’abord à une énigme historique commence à avoir des conséquences très concrètes dans le présent.
Le lecteur avance alors entre deux histoires : celle que raconte le tableau et celle qui se déroule autour de Julia. Les deux finissent évidemment par se rejoindre.
Pérez-Reverte réussit surtout à maintenir cet équilibre sans transformer son livre en démonstration savante. On apprend des choses sur la peinture, on suit une véritable enquête et, en même temps, on regarde l’échiquier d’un peu plus près.
Un roman où l’échiquier a vraiment quelque chose à dire
Le Tableau du maître flamand a reçu en France le Grand Prix de littérature policière en 1993. Le roman mérite largement sa place parmi les livres qui parlent vraiment des échecs.
Parce qu’ici, la partie n’est pas seulement là pour accompagner l’histoire.
Elle en fait partie.
Et lorsqu’on comprend enfin ce qui s’est joué sur cet échiquier cinq siècles plus tôt, le tableau ne se regarde plus tout à fait de la même manière.
Liberale da Verona, The Chess Players, vers 1475. Tempera sur bois. The Metropolitan Museum of Art, New York. Image : domaine public.
