La Vie d'un roi de Jake Goldberger, portrait d'un homme qui transmet ce qui l'a, lui-même, sauvé
Eugene Brown a passé dix-sept ans en prison. Quand il sort, Washington D.C. l'attend avec les mêmes quartiers défavorisés, les mêmes impasses, les mêmes vies qui dérapent avant même d'avoir commencé. Il aurait pu ne pas y retourner. Il choisit de le faire, et d'aller enseigner dans un lycée de la ville, avec dans les mains un échiquier et une conviction qui doit tout à ce qu'il a appris dans sa propre faillite.
LA CHRONIQUE DU MERCREDICINÉMA EN JEU
8/1/20263 min temps de lecture


Penser avant de bouger — ce qu'Eugène Brown a mis dix-sept ans à comprendre
La Vie d'un roi de Jake Goldberger, portrait d'un homme qui transmet ce qui l'a, lui-même, sauvé
Eugene Brown a passé dix-sept ans en prison. Quand il sort, Washington D.C. l'attend avec les mêmes quartiers défavorisés, les mêmes impasses, les mêmes vies qui dérapent avant même d'avoir commencé. Il aurait pu ne pas y retourner. Il choisit de le faire, et d'aller enseigner dans un lycée de la ville, avec dans les mains un échiquier et une conviction qui doit tout à ce qu'il a appris dans sa propre faillite.
Cuba Gooding Jr incarne Eugene Brown dans ce film de Jake Goldberger sorti en 2013. Le rôle lui demande une gravité qu'on ne lui associe pas toujours, et il la tient : son Eugene est un homme qui ne fait pas de discours, qui montre. Le dispositif pédagogique qu'il met en place autour des échecs n'est pas une théorie, c'est une expérience vécue. Penser avant de bouger, considérer les conséquences à plusieurs coups de distance, ne pas réagir à l'impulsion du moment : ce que le jeu enseigne est exactement ce qu'il a mis le plus longtemps à apprendre.
Ce que le jeu fait à ceux qui n'avaient rien
La Vie d'un roi s'inscrit dans la tradition des films d'échecs qui font du jeu un outil de transformation sociale, mais il évite le piège le plus courant du genre : l'idéalisation du professeur et la rédemption trop propre. Goldberger maintient dans son récit une tension sourde entre ce que le jeu promet et la dureté de ce qui attend les élèves en dehors de l'échiquier.
Tahime, le personnage central parmi les élèves, est à un carrefour que le film ne cherche pas à simplifier. Malcolm M. Mays lui prête une fragilité concrète, celle d'un jeune homme dont les choix sont structurellement limités bien avant d'être personnels. Que les échecs puissent ouvrir quelque chose dans cette vie-là, La Vie d'un roi le suggère sans le garantir, et c'est là toute son honnêteté.
À Lalbenque Chess Club, on apprend le jeu pour le plaisir du combat, la logique des ouvertures, la rencontre autour d'un plateau. Ce film rappelle que le même échiquier peut être, pour certains, le premier endroit où leur intelligence est prise au sérieux et reconnue pour ce qu'elle est.
Ce que Brown apporte de plus que le jeu
Eugene Brown n'arrive pas dans la salle de classe avec une théorie. Il arrive avec sa propre histoire : dix-sept ans de prison, une vie interrompue, et la compréhension que penser avant d'agir n'est pas une abstraction mais une pratique qui s'apprend et qui se ré-apprend. Sa trajectoire est elle-même la démonstration de ce qu'il tente d'enseigner.
Dennis Haysbert et Lisa Gay Hamilton apportent au film une consistance que les personnages secondaires ont souvent du mal à tenir dans ce genre de récit. Le film leur laisse de l'espace, sans les réduire à des fonctions dramatiques.
La Vie d'un roi est un film d'échecs au cinéma qui choisit la sobriété plutôt que la démonstration. Il construit sa force dans la durée, en accumulant des détails vrais sur des existences que le cinéma américain représente encore trop rarement avec ce degré d'attention. C'est une histoire vraie, et cela se sent dans chaque décision de mise en scène qui résiste au romanesque.
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Salle de la Halle
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